6, 7 et 8 juin 2008 : Tous à Oléron

Vendredi 6 Juin :

16 H 30 : Départ pour le port avec les affaires. Je range tout à bord et ramène la voiture à la maison. Retour à pied. Je fais chauffer le Diesel et Daniel Perret qui arrive se propose pour nous aider à l’appareillage.
17 H 30 : 1,80 m au sondeur, nous appareillons. Dehors il y a gros clapot et vent très soutenu 16/17 nœuds et plus ; nous mettons face au vent pour envoyer la grand’voile. Le vent forcit et j’hésite … Va-t-on le faire ? Réflexion faite, vu la direction du vent, nous pouvons parfaitement partir tranquillement sous génois seul quitte à monter la voile ensuite à l’abri de Rivedoux, après le passage du pont, ou même à rallier les Minimes si le temps n’est plus maniable. Sitôt réfléchi, sitôt fait. Je replace l’araignée sur la voile et nous mettons le cap au 120°, le génois déroulé sans effort nous tire à une bonne vitesse dans ce méchant clapot ; c’est finalement assez relaxe. Mais chacun est équipé de son ciré intégral et comme Jo rappelle qu’elle ne saura pas venir nous chercher en cas de chute nous capelons Maurice et moi nos harnais, c’est plus sage en effet.

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Nous passons le pont comme d’habitude sous la troisième voûte pour serrer la côte au plus près et bénéficier de l’abri de la terre. C’est plus calme maintenant, après la bouée Vivagel et nous en profitons pour envoyer la grand’voile sur le deuxième ris et réduire un peu le génois. Puis en route pour Saint Denis, bon plein au 225°, le bateau est redevenu maniable et vivant ; nous courrons à cinq nœuds avec 20 nœuds de vent établis. Dans le milieu du pertuis le clapot se calme pour faire place ensuite à une très grosse houle qui rentre du large par Antioche. J’anticipe un peu sur la route pour compenser la dérive, il est plus facile d’abattre au moment de l’atterrissage que de serrer le vent. Cette houle de travers n’est pas dangereuse et nous nous sentons en sécurité, mais elle est réellement impressionnante, certaines lames déferlent et nous nous mouillons un peu… Nous sommes dépassés lentement par une file de bateau à moteurs, ceux du CNLF sans doute, qui devaient partir après nous. Je préfère être à bord de l’Etoile Matutine bien épaulée par le vent et sans doute moins secouée.
18 H 30 : Je reconnais le pylône caractéristique et le clocher de Saint Denis, puis l’enrochement et en arrière la forêt des mâts dans le port. Je laisse un peu porter vers la perche d’atterrissage…
19 H : Nous entrons à Saint Denis, identification et placement, ponton A place 53 avec cat-way selon l’usage ici, dans ce vaste bassin où l’on peut nous offrir du confort.
2 H 30 de traversée, 12 milles, ½ heure de moteur. Le record du monde pour moi. Content d’y être.
Une fois le bateau amarré, nous nous rendons à l’accueil où est servi l’apéritif puis au buffet dressé en plein air derrière la capitainerie. Comme il ne fait pas très chaud, nous ne tardons pas à rentrer à bord pour un repos bien mérité.

Samedi 7 juin :

3 H 30 : Comme presque toujours en bateau, la nuit a été interrompue par le bruit de la balancine de tangon, la seule malheureusement restée contre le mât, agitée par le vent de nord qui n’était pas tombé avec le soir. J’ai un peu attendu pensant d’abord que c’était de chez le voisin que venait le désordre, puis en espérant que Maurice aurait eu envie de se soulager … Las, il a fallu y aller. J’écarte donc la balancine coupable jusqu’au pied d’un hauban et j’en profite pour capeler une traversière pour éviter que le bateau ne se vautre amoureusement sur celui du voisin. Ceci impose de farfouiller dans le coqueron torche à la main pour trouver l’amarre appropriée et de faire la manœuvre sur le cat-way … difficile de se rendormir après ces exercices.
7 H : Debout de bon matin. Le temps est beau quoi que toujours frais. Je prépare le café, réveille mes amis et nous déjeunons tranquillement dans le carré. Puis, douche dans des sanitaires accueillants, rangements et nous voila prêts pour la matinée.
9 H 30 : Rendez vous devant la capitainerie avec Monsieur Macé, colonel en retraite, et bas‑Normand d’origine qui parle de Saint Denis comme du paradis des retraités. Nous allons passer avec lui une matinée complète très intéressante à écouter l’histoire de Saint Denis, de ses lieux et de ses habitants qui ont marqué l’histoire de France depuis le moyen âge jusqu’à nos jours. Une occasion de réviser et de tester nos connaissances personnelles.
Notre conférencier bénévole est un passionné érudit qui parle sans notes d’un sujet qu’il maîtrise à fond et qu’il illustre d’une documentation nourrie, sortie au fur et à mesure d’un classeur en plastique magique. Sans connaître son parcours professionnel, certains auditeurs voient en lui un professeur en retraite, tellement sa pédagogie et sons sens du discours sont élaborés. On devrait pouvoir intégrer dans l’enseignement les gens qui ont ce talent. Avec lui on visite Saint Denis à petits pas, le port, l’ancienne gare, l’église avec son magnifique ex voto et sa façade classée, la maison Guillotin, l’ancien cimetière devenu jardin public, les moulins à vent et les anciennes batteries côtières le tout expliqué et commenté de façon très vivante.

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12 H 30 : Après avoir remercié chaleureusement nous retournons au bateau. Nous réunissons notre pique‑nique et rejoignons le parking près de la capitainerie où le petit train nous attend pour nous mener à Chassiron.


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L’humeur est joyeuse, le beau temps aidant. Ce train affrété spécialement pour l’occasion nous mène à la pointe nord de l’île par le chemin des écoliers, une occasion de plus de visiter Saint Denis et ses environs. En arrivant nous trouvons un banc au soleil face à la mer, la Roche d’Antioche devant nous à marée basse, avec sa tour inhospitalière et ses épaves en forme de squelettes de navires, pour ce qu’il en reste.


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Le repas est bien agréable et nous finissons par sympathiser avec nos voisins du banc d’à côté qui sont de nouveaux adhérents du Cercle et qui nous invitent à boire un café.
14 H 30 : Selon notre feuille de route nous rejoignons le Sémaphore. Nous entrons dans ce lieu un peu secret (y compris ceux qui n’ont pas de carte d’identité et qui font mine basse), où l’on n’a pas l’habitude d’être accueilli et dont la marine nationale est responsable.
Nous montons dans la tour pour arriver dans la chambre de vielle vaste et claire, vitrée de tous cotés où le point de vue est évidemment remarquable. 360 degrés de visibilité, le grand large, l’entrée du pertuis, entre Antioche et Chanchardon, Ré, le pont, Aix, le Boyard et la côte nord d’Oléron, vue de ses deux côtés est et ouest.
Saint Denis d’Oléron est un sémaphore de première catégorie qui veille 24/24 h. Les guetteurs sémaphoriques, un matelot féminin et un second maître de la marine nationale, nous expliquent du mieux possible leurs missions : veille du canal 16, veille visuelle d’identification et de surveillance du trafic maritime, diffusion des bulletins météo et liaison avec les CROSS.
Puis ils nous montrent les instruments dont ils disposent, VHF, Radar Deca et Radar renvoyé sur un programme d’ordinateur qui permet d’identifier parfaitement dans l’environnement côtier, chaque navire avec un numéro attribué par le programme, son positionnement, sa direction et sa vitesse représentés par un vecteur sur la carte électronique. Comme en outre les sémaphores de la côte atlantique sont tous reliés au même programme, cela permet d’avoir une vue précise de toute la façade, de la manche jusqu’au cap finistère. Ils nous permettent enfin de jeter un coup d’œil dans la formidable paire de jumelle qui trône au milieu de la pièce et qui permet de voir jusqu’au milieu du pertuis d’une manière exceptionnellement précise. Nous y repenserons plus tard...


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Finalement cela rassure de savoir que, si l’on dispose d’un bon réflecteur radar, on est tracé dès la sortie du port et jusqu’à l’arrivée quelque soit le temps ou l’heure du jour ou de la nuit. Même si la surveillance n’est effective que pour les navires pour lesquels un fiche est constituée après interview à la VHF, tous les navires accrochés par le radar sont à l’écran et individualisés par le programme. Je me remémore notre aventure de 2005, c’est précisément le sémaphore de Chassiron qui avait répondu le premier à mon mayday et j’avais certainement été immédiatement localisé…
A la sortie de cette première visite je retrouve Marie-France arrivée en car à Saint Denis et que Madame Macé a gentiment conduit en voiture jusqu’ici. Nous devons maintenant nous rendre au phare qui est tenu par une régie municipale. Il faut patienter un moment car un groupe d’enfants s’est interposé. Nous en profitons pour faire l’ascension de la tour, moins haute qu’aux Baleines. Le point de vue est également magnifique sur le large est aussi sur les jardins du phare, ainsi qu’en attestent les photos de Maurice :


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A l’intérieur la chambre haute est transformée en musée vivant et recèle de très beaux bateaux en bouteille :


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Puis nous redescendons à l’heure dite pour la visite du musée du phare. Nous sommes guidés par le son et l’image dans l’univers de la côte de l’île d’Oléron au début du 20ème siècle. La visite commence par l’évocation très réaliste et pathétique du naufrage d’un chalutier sur Antioche et se poursuit par la description de la vie des habitants sur l’estran dont ils tirent une grande partie de leur subsistance. Deux tours successifs de la vaste salle circulaire située à la base du phare nous permettent de tout découvrir, les objets, les maquettes et des images projetées sont commentées et les portes s’ouvrent et se ferment automatiquement quand il faut changer de lieu. Nous sortons très satisfaits de cette visite.
Mais il est 16 H 30 et notre prochain rendez vous est à 19 H et se situe à la maison de la pointe tout près de là, pour l’apéritif, avant que le train ne revienne nous chercher pour nous mener au restaurant des Beaupins. Du coup nous sommes un peu en panne, ce sera la seule faille de l’organisation. Il serait en effet très agréable de pouvoir retourner au port de Saint Denis pour poser le pique-nique, nous reposer un peu et nous changer pour la soirée ; mais rien n’est prévu pour le déplacement. Nous décidons de partir à pied. J’arrête une voiture où un couple accepte de prendre Maurice et Jo en stop. Je ferai le trajet à pied avec Marie-France, comme un certain nombre de nos compagnons. Il fait beau et chaud et ces trois kilomètres bien comptés ne nous rebutent pas, ils nous permettent d’apprécier un peu plus l’île.
Pour le retour, Maurice échafaude un plan et finalement un membre de l’organisation nous conduit pour sept heures à la maison de la pointe pour les discours et l’apéritif. Une maison historique remarquablement restaurée que les Dionysiens espèrent garder en l’état, jusqu’à ce que la mer, tout près, ronge la côte et la détruise… En attendant, après discours et remerciements, le pineau coule à flot et comme nous prendrons le train rien ne s’y oppose.
Ce train nous emmène effectivement de Chassiron à Beaupins, le temps d’une ballade du soir. Nous commençons à connaître le chemin. Nous arrivons dans une salle de restaurant classique ou des tables de huit sont dressées. Nous nous installons avec le couple de nouveaux membres du club avec qui nous avions sympathisé le midi et un autre couple de « motoristes », le monsieur étant ancien concessionnaire citroën. Le repas est comme toujours très bien.
Pour finir, nous montons à l’étage où il y a piste de danse et disque Jockey. Il n’y a pas grand monde et l’ambiance est musette et disco. Après avoir participé à cette soirée, nous prenons ensuite le chemin du retour, nous réussissons à nous faire raccompagner en voiture au port par Antoine, de Rochefort, l’habituel chanteur de romances maritimes qui accompagne le groupe de musiciens que l’on retrouve presque toujours dans ce genre de rendez-vous.
Antoine qui doit faire deux tours, se fait attendre car il ne doit pas trop connaître la route. Finalement nous nous retrouvons tous les quatre à bon port. Sympa Antoine !

Dimanche 8 juin :

La nuit a été courte mais calme et bonne. Debout sept heures, je fais le café. Nous nous préparons pour le départ. La météo VHF émetteur de Chassiron confirme, à 7 H 04, le temps qui avait été annoncé hier au sémaphore, vent de nord 2 à 3 le matin, 4 à 5 après midi.
9 H 30 : Nous mettons en route et sortons du bassin. Maurice immortalise l’instant :

 

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Dehors le vent est déjà à plus de quinze nœuds, le clapot bien présent et une forte nébulosité n’annonce rien de bon dans le nord est. Et toujours le froid !!
Nous envoyons la grand’voile sur deux ris et déroulons le génois en attendant de voir. Je décide de remonter le vent dans un premier temps babord amure en longeant la côte d’Oléron vers le sud. Le vent est finalement assez régulier et nous envoyons tribord amure au bout d’une bonne demi heure. Cela plait mieux à Maurice. C’est le début d’un long louvoyage… Oléron et la roche d’Antioche nous collent au tableau arrière et Ré ne prend guère de couleurs, mais cette impression est classique et ne m’inquiète pas. A mi pertuis nous renvoyons babord et comme le vent a tendance à faiblir 10/12 nœuds, nous larguons le premier ris puis le deuxième un peu plus tard. Nous voici tout dessus, de quoi faire bonne route. Maurice va se soulager à l’arrière et je lui rappelle que la « matelote » dispose d’une excellente paire de jumelles, mais cela ne l’émeut pas, au contraire il a l’air d’être plutôt fier…
Comme je le pensais, le vent adonne au fur et à mesure que nous progressons. En gagnant un peu vers le pont, nous avançons correctement ; bientôt Saint-Marie puis Chauveau sont dans notre hanche de babord et a 13 H le Lavardin est derrière nous. Le temps est devenu beau et je quitte la veste de ciré. Nous allons commencer à « carboniser » du visage. Tout le monde à bord s’est endormi, sauf moi, Maurice sur le coqueron à la place du boss et nos épouses respectives sur les bancs du cockpit. Les fatigues de la veille… Je manque la photo de l’année, mon téléphone étant introuvable. Un chalutier passe tout prés sur notre arrière, ses couleurs vives bien éclairées par le soleil avec son cortège de mouettes. Une vraie carte postale. Je serai le seul à en garder le souvenir.
Je prends la précaution de coiffer ma casquette de beau temps à longue visière et nous attaquons le vrai louvoyage, celui qui doit nous mener au pont. Tribord est favorable mais nous devons aussi manger notre pain noir sur bâbord, un bord sur l’enrochement de La Palice, un bord sur l’entrée de La Palice avec évidemment un mouvement de cargo que nous esquivons sans difficulté, un bord sur le môle, un bord derrière le môle et enfin le pont ! Il faut expliquer à nos équipières impatientes de passer le pont que le secteur de l’axe du vent qui correspond ici exactement à notre route souhaitée est interdit en bateau à voile …


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Puis c’est du gâteau, la remontée de notre pertuis Breton est toujours un plaisir. Comme nous avions pris un sérieux goûter vers onze heures, nous décidons d’aller au bout, de prendre un coffre devant La Flotte pour déjeuner et ranger le navire en attendant le flot pour entrer au port. Les difficultés habituelles sont surmontées, avec toujours une pensée pour notre ami Boisselier et sa compagne devant la pointe des barres et nous y voilà. Je constate à la remise en route du moteur que la batterie n’est pas bien vaillante, je n’avais pas pu la mettre en charge avant de partir et nous l’avons sollicitée ces trois jours sans nous servir du moteur, il est donc normal qu’elle en soit là ; mais peu importe, j’ai appris à mettre le moteur en route à la force des bras car notre moteur dispose d’une manivelle, ce qui est un réel avantage et évite se « trimbaler » une deuxième batterie !
16 H 30 : la table est bien vite sortie dans le cockpit est le festin commence :


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Epuisés (sans doute par la libation), nous décidons ensuite d’une sieste réparatrice, mais le clapot devient trop dur et vers 18 H nous larguons pour entrer à La Flotte et tout ranger au calme.
21 milles, en 9 H.
Au près, comme affirme le dicton : « Deux fois le temps, trois fois la peine ».
1/2 H de moteur, consommation négligeable.
Bilan, moins de participation cette année pour le CNLF, notamment chez les voiliers, mais ceci est fortuit et la météo du printemps n’a sans doute pas incité aux sorties en mer. Pour nous Oléron est le troisième rassemblement. Avec Aix, Rochefort, nous avons des souvenirs très forts de belles croisières comportant à la fois de la navigation, du culturel et une soirée de gala, le tout pour une participation très modique. C’est aussi la croisière où les dames qui n’ont pas nécessairement le pied marin à toute épreuve, nous accompagnent, car elle n’est pas exclusivement maritime.
J’espère avec ce compte rendu avoir donné envie à d’autres membres de se joindre à nous pour les prochaines éditions : « Tous à Ré » l’an prochain !


Extraits du journal de bord de l’Etoile Matutine,
Jean-François MALNOU, 17 juin 2008.